Une belle tablée de dix



Le 9 août, notre avion atterrit à Cancún vers 14 heures. Stéphane nous attend à la sortie de l’aéroport et nous emmène faire une virée dans Cancún. Nous visitons le centre commercial géant, un choc quand on arrive de Cuba, puis nous longeons la plage d’hôtels qui s’étend sur 40 kilomètres.
A 19 heures, nous sommes au terminal deux, devant le petit écran qui montre les gens qui sortent de l’aéroport. Nous trépignons d’impatience et personne n’apparaît. Quelques minutes plus tard, le téléphone de Stéphane sonne. Au bout du fil, Alec lui demande où nous sommes car ils sont arrivés et nous attendent. Ils sont au terminal trois ! Je suis affolée à l’idée qu’ils n’aient eu personne pour leur faire la ola à la sortie de l’avion ! Nous prenons la voiture pour rejoindre le terminal trois, je scrute les alentours comme s’ils allaient apparaître derrière un buisson. Nous nous retrouvons enfin, mon cœur bat très fort et je pense que c’est pareil pour les autres. Alec, Mathias, Mireille et Christiane ont fait une vingtaine d’heures de route mais ils n’ont pas l’air trop crevés, ce doit être l’émotion !
Stéphane les prévient que nous devons passer la nuit dans un hôtel miteux à Playa del Carmen car nous ne pouvons pas aller directement à Mahahual. Après deux heures de route, nous arrivons à Villas de Akumal à l’hôtel miteux… Avec Etienne, nous savions ce qu’il mijotait, mais pour les autres c’est la surprise : nous sommes dans une maison archi luxueuse avec piscine et bout de mer. Ce sont des amis de Stéphane qui louent cette maison et nous la prêtent pour deux nuits. Toutes les pièces sont gigantesques, on ne sait même pas comment occuper tout cet espace.
Le 10 août, au bord de la piscine, tout le monde prend le rythme mexicain tranquillement.
En ce moment, les tortues de mer viennent pondre par ici. Le soir vers 23 heures, avec Mireille, Mathias et Etienne nous allons faire un tour sur la plage. Il y a des volontaires qui font des rondes pour noter et baliser les nouveaux nids. Ils ont des lumières rouges qui éclairent très peu pour ne pas effrayer les tortues. Nous en rencontrons un et l’accompagnons faire sa ronde. Au bout de deux minutes, nous tombons sur une tortue qui cherche où faire son nid. Au début nous devons la laisser tranquille, le temps qu’elle trouve l’endroit, qu’elle creuse et se mette à pondre. Si nous la dérangeons, elle risque de prendre peur et de retourner dans l’eau. Une fois qu’elle est en train de pondre, elle ne bouge plus et ne se laisse pas perturber. Le jeune homme nous dit qu’elle peut prendre plusieurs heures juste pour creuser son nid. Alors, nous nous asseyons sur le sable frais, face à la mer et nous attendons. Nous posons plein de questions au garçon et nous apprenons beaucoup sur les tortues. Nous avons de la chance, au bout de seulement 45 minutes la tortue commence à pondre. Nous pouvons approcher pour la découvrir. Elle est énorme, mais vraiment énorme ! De temps en temps, grâce à la lumière rouge du gars, on aperçoit sa tête et ses yeux tendres, elle a l’air épuisée de tout ce travail. Je ne peux m’empêcher de m’imaginer accoucher d’une centaine de bébés dans la même nuit…
Les volontaires, grâce aux dates de pontes, peuvent savoir quand les œufs vont éclore. Ils surveillent toutes les éclosions et récupèrent les petites tortues mal en point. Comme ces espèces sont menacées, ils tentent d’augmenter les chances de survie au maximum. Ils gardent les faibles une journée de plus hors du nid et les relâchent le lendemain. Ce soir là, ils en ont presque 200 à laisser rejoindre la mer. Nous avons le droit de regarder les minuscules tortues courir vers la mer. Comme la sortie est un peu forcée, il y en a plusieurs qui dorment tranquillement sur le sable et qui ne sont pas du tout décidées à affronter le monde de brutes qui les attend dans l’eau (seulement une sur mille survivra).

Le 11, nous arrivons à Mahahual où nous retrouvons Sylvie, Léo et Elie. Nous sommes enfin au complet, tous les dix. Les retrouvailles sont très joyeuses, c’est bien d’être ensemble. Les garçons ont beaucoup changés, ce sont de vrais ados maintenant. Elie est très bavard et a l’esprit vif. Il ne cesse de nous étonner avec ses remarques fines et percutantes.
La maison, Stéphane et Sylvie l’ont construite eux-mêmes, elle est grande et chouette, juste devant la mer. Dans l’eau, ils ont construit un ponton sous lequel ils ont installé des briques et des cachettes. Il y a des petits poissons et des langoustes qui viennent se cacher là. Léo et Elie nous montre aussi la tyrolienne qu’ils ont fabriquée dans le jardin.
Les jours suivants, tout le monde glandouille à la maison. On bouquine, on cuisine, on joue au backgammon ou aux dés, on dévore des BD, on part en kayak jusqu’au récif de corail qui est à quelques centaines de mètres devant la maison, Léo attrape quelques poissons.

Le 14, nous allons nous baigner au cenote azul, là aussi, il y a des poissons et l’eau est claire. Entre deux plongeons, nous dégustons un bon poisson frit et un énorme ceviche. Plus tard, nous allons à la lagune de Bacalar pour nous rebaigner parce que se baigner partout, c’est cool. Avec le sable très soufré on se fait un peu la Thalasso pendant que les garçons, eux, préfèrent faire une bataille de sable.
Sur la route, nous visitons la superbe menuiserie de Stéphane et Sylvie, Tzalam. Ils nous montrent les beaux bois mexicains qu’ils utilisent et nous voulons tous leur faire des commandes pour la France mais leurs meubles ne s’exportent pas…

Le Jats’a Ja’ va bientôt avoir lieu à Mahahual. C’est un festival qui propose différentes activités et spectacles, il y a des lots à gagner pour ceux qui participent aux concours etc. L’ouverture du festival est une petite cérémonie maya où le prêtre récite des paroles et fait des offrandes pour éloigner les ouragans. Nous participerons au concours « Tuneame la bicla » pour lequel il faut décorer un vélo avec des matériaux recyclés. Mireille, qui est une pro de la récup’ de bouteilles en plastique, nous apprend à les couper et à les tournicoter pour en faire des guirlandes ou des pompons. Bon, il y a ceux qui travaillent beaucoup et ceux qui n’en font qu’une ou deux mais finalement, le vélo est bling bling et super classe ! Pour accompagner le défilé de vélos, Mireille, Elie, Mathias et Etienne répètent, très brièvement, un morceau de batucada.
Le 17 août à 18 heures, la troupe est prête. Les quatre musiciens ont leur bidon attaché à la ceinture et Sylvie défile à vélo. Le responsable du concours leur demande de mener la marche pour rythmer le défilé. Sur le malecon de Mahahual, tous les yeux sont rivés sur eux, les gens dansent et prennent la batucada en photo. Quelle gloire !

Le 19, quand nous quittons Mahahual nous avons tous un petit pincement au cœur. Nous étions si bien dans notre petit cocon au bord de l’eau.
Nous passons la soirée à Chetumal, dans la maison « de ville » des cousins. Sylvie, en super organisatrice, nous a réservé les billets pour Tikal. Le lendemain matin, Mathias, Mireille, Christiane, Alec, Etienne et moi prenons le bus pour le Guatemala. Vingt minutes après le départ, nous sommes déjà à la frontière avec le Belize. Dans le bus, une fille, qui était déjà très bruyante, fait un scandale parce qu’il n’y a pas de climatisation. Pauvre hystérique, elle tente de mener les autres passagers dans sa révolte contre le conducteur mais tout le monde s’en fout de la clim’, c’est rigolo.
Ce que nous voyons en traversant le Belize éveille notre curiosité. Il y a une quantité incroyable d’églises de courants différents, évangéliste, baptiste, du septième jour… Oh tiens, encore des mennonites qui passent, et des rastas aussi. Tous les kilomètres, il y a un restaurant chinois.
A Belize City, la pauvreté et la misère crèvent les yeux. C’est difficile de se faire une idée de la situation de ce pays que personne ne connait, de ces gens à qui personne ne pense.
Quand nous passons la frontière Belize-Guatemala c’est la folie des monnaies. Nous avons du mal à jongler entre pesos mexicains, dollars américains, dollars béliziens, quetzales.
– Mais là je lui ai donné vingt dollars et il me rend dix béliziens, c’est normal?
– Mais oui, ohlala t’as rien compris, deux béliziens ça fait un dollar, alors il te devait cinq dollars donc il t’a donné dix.
– Bon et les quetzales ils sont à combien?
Vers 18 heures, nous arrivons enfin dans notre petit hôtel de Flores, juste au bord du lac.

Le 21, nous nous levons à 4 heures pour aller à Tikal, à deux heures de bus de Flores. Nous arrivons à 7 heures, nous entendons des bruits d’animaux, dans les arbres, nous apercevons toute une famille de toucans. Les ruines sont sublimes, elles sont très impressionnantes et comme elles sont entourées de jungle, cela ajoute quelque chose de magique. Chacun se laisse porter par sa curiosité, nous sommes tous en train de scruter le paysage pour trouver un animal caché ou une plante rare. Nous voyons beaucoup de singes, une mygale, des petits renards, des fourmis géantes…
Vers midi, tout le monde est crevé alors on rentre. Le soir à Flores, un jeune homme avec qui Etienne papote depuis une heure nous emmène en bateau dans un coin perdu du lac où l’eau est propre et claire. Nous nous baignons en regardant le soleil se coucher. Au retour, le jeune homme ralentit le bateau et nous attendons que la lune se lève. Elle est grosse et jaune et sa lumière inonde le lac.
Le 22, nous revoilà partis pour Chetumal. Cette fois-ci, le bus n’est absolument pas confortable et il fait trop chaud. Après cinq heures de route, on craque un peu, on a des crises de fou rire, la chaleur ça défonce !

Le 23, l’anniversaire de Mireille se prépare en douce. Nous allons tous les dix faire un pique-nique sur le site de Kohunlich. Il y a une grosse tempête mais cela ne nous empêche pas de nous balader un peu. En rentrant, la voiture de Mireille doit faire un détour pour acheter des bières. Quand elle arrive à la maison, elle découvre en riant les cadeaux et la piñata qui l’attendent. On lui donne tout de suite la bâton pour exploser sa piñata et les mexicains entonnent la chanson. C’est ensuite au tour d’Elie puis de Léo d’essayer mais c’est Mireille qui réussit finalement à faire tomber les bonbons. Après le ramassage, c’est l’ouverture des cadeaux. Il y a plusieurs petites choses du Guatemala, une paire de tongs violet brillant et une paire de Crocs top design. Elle est très contente et nous fait de gros câlins. Le soir, on dîne à la bonne franquette, une belle tablée de dix, c’est bien.

Le 24, Mathias, Alec, Christiane et Mireille (groupe A) partent pour Palenque en voiture. Etienne et moi (groupe B), nous prenons un bus de nuit à 22 heures qui nous emmène directement à San Cristobal. Le 25, le groupe A se lève tôt pour visiter les ruines de Palenque et part à 11 heures en direction de San Cristobal. Le groupe B est déjà arrivé et fait connaissance avec Simon le gérant de l’auberge. Il nous raconte son parcours tout en préparant sa confiture maison. Le groupe A arrive vers 17 heures, fatigué et affamé. Nous dînons dans un restau très chatoyant et il y a même un petit concert, de la musique de Veracruz.
Le lendemain, nous nous entassons dans la voiture pour aller à Chiapa de Corzo. Nous avons trouvé, dans un guide qui traînait à l’auberge, l’adresse d’un atelier où l’on fabrique des marimbas. Trois frères nous accueillent dans cette jolie maison. Ce sont les propriétaires mais ils participent aussi à la fabrication des instruments. Nous découvrons le marimba mexicain qui a un son très spécifique. Ils font aussi des marimbas avec des tubes en bambou, des marimbas portatifs ou pour jouer assis. Mireille en essaie quelques-uns et les frères nous jouent un petit morceau. Ils sont très gentils, ils nous expliquent plein de choses. Nous visitons l’atelier entier. Avant de partir, Mimi s’achète quelques baguettes, à défaut d’un marimba.
Dans l’après-midi, nous prenons un bateau pour le cañon del sumidero. La balade est belle, les gorges sont impressionnantes et il y a même des crocos. C’est dommage qu’il y ait autant de bouteilles en plastique qui flottent sur l’eau.
Le 27, nous allons au marché artisanal de San Cristobal de las Casas. En deux heures, nous dévalisons tous les stands. C’est à peine si les vendeurs ont le temps d’installer leurs objets que nous sommes déjà en train de négocier. A midi, Etienne et moi devons prendre le bus pour rentrer à Chetumal. Le reste du groupe a la fin de la journée pour continuer de flâner dans la petite ville de montagne.
Le 28, nous ne faisons pas grand chose. Nous profitons de la journée à Chetumal pour être avec Sylvie, Stéphane et les enfants. Nous n’avons pas envie de partir.
A 18 heures, le groupe A arrive en voiture, pile poil pour l’apéro. Sylvie et Stéphane ont encore des surprises pour nous et chacun reçoit un petit paquet de cadeaux. Presse citron, tapettes à mouche extensibles, sacs à main, maillots de foot et casquettes « Colombia », des choses qui nous font rire et nous rappellent nos moments tous ensemble. En plus de s’occuper de nous aux petits oignons pendant un mois, ils nous font des cadeaux !
Le 29, vers 6 heures j’entends Elie prendre quelque chose dans sa chambre où je dors avec Etienne. Je lui demande s’ils partent déjà à l’école. Je réveille Etienne et nous nous jetons hors du lit pour pouvoir serrer les enfants dans nos bras une dernière fois avant de partir.
A 8 heures, il faut s’en aller. Nous embrassons Sylvie très fort. Mireille, Alec, Mathias et Christiane partent le lendemain, nous les retrouverons dans quelques jours à Paris. Stéphane nous emmène en voiture jusqu’à Cancún, nous n’avons même pas à nous stresser à courir après un bus. Comme il dit, c’est todo incluido ce séjour ! Vers 14 heures, il nous dépose à l’aéroport où nous nous embrassons rapidement, histoire de ne pas trop nous émouvoir. De toute façon, nous y retournerons bientôt, c’est certain.

Dans l’avion pour Londres, nous avons du mal à croire qu’un an est passé et que nous rentrons en Europe.
En arrivant, nous sommes un peu égarés. C’est comme changer de monde, rentrer dans l’univers très singulier d’une grosse capitale européenne, surpeuplée, avec son défilé de mode permanent dans la rue et ses boutiques de luxe. Ce choc se mélange à notre bonheur de rentrer, de retrouver nos proches…et notre bon fromage français.

Le 31, nous retrouvons Diocouda que nous avions rencontré au Bolson en Argentine et avec qui le courant était passé tout de suite. Elle est rentrée en juillet après dix mois en Amérique du Sud. A Londres, nous passons tout notre temps avec elle, on se balade, on papote et on boit de la bière.

7 réponses à Une belle tablée de dix

  1. Reblochon dit :

    Et oui! vous avez pu constater par vous même que la terre est bien ronde. C’est une merveilleuse aventure et un énorme chalenge qui arrive à son terme. Nous ne pouvons faire autrement que vous saluer chapeau bas, vous féliciter et applaudir avec rappels. Bravo pour votre courage, votre ténacité et votre curiosité. Finalement, on va être en manque du petit compte rendu hebdomadaire, photos à l’appui, de vos dernier trouvailles. Il faudra donc trouver vite autre chose pour nous faire rêver. Nous sommes aussi très heureux de vous revoir en chair et en os et de pouvoir enfin partager ensemble le reblochon. Bienvenus à la maison.

  2. Christiane todavia "alla"! dit :

    Quelques informations complémentaires pour tous nos lecteurs.
    Donc, nous étions à la saison des pluies, des pluies tropicales, pas du tout la petite pluie bretonne: et maintenant toute cette humidité me manque terriblement, j’ai mal à la tête parce que mon cerveau est tout sec! L’eau transformant les rues en torrent en 36 secondes, ne pas savoir si ça va durer 10 minutes ou 10 heures… et quand c’est dans la jungle comme à Palenque!!!!
    Autre élément important pour quelques uns d’entre nous: le « repellente », en bracelet – comme Mireille – en bombe ou en crème, mais indispensable! Et quelle odeur!! (quelques uns détestaient sans oser trop le dire!)
    En résumé, c’était vraiment génial!!!

  3. esther coco dit :

    le retour va être violent je pense !!!! quelle aventure, c’est de la folie !

  4. stephane et sylvie dit :

    Ce soir, tapez vous la cloche (fromagere) en pensant a nous 🙂

    Nous ne sommes plus que 4 a table, vous nous manquez…

  5. Lisouillette dit :

    Vi vi vi!!!! Ils sont arrivés les poulets!!!! à tout de suite au tel!! 😀

  6. Jean Le Tonton dit :

    c’est la 1ère fois que je viens lire votre blog … il était temps !!! vachement sympa tout ce qui est dit du Mexique ( je n’ai pas encore vu les photos )!!! J’espère que nous pourrons un peu échanger, un de ces 4, quelques petites choses de vive voix ?!?? Chaleureuses bises aux trotteurs… Jean

  7. meximarimir.......de gagny dit :

    petites infos qua j’ai envie de rajouter aussi, à la suite d’avoir lu et relu l’épisode mexique,
    c’est que,dans le cadre du todo incluido,le lendemain des tortues,Steph nous a emmenés à Tulum,l’unique site Maya au bord de la mer, chaleur et baignade dans le grand bleu turquoise au pied des ruines, quel pied…..(bon il y avait un peu de monde) mais par la suite,nous avons goûté au grand luxe de se baigner juste tous seuls sur une plage immense et sauvage, alors là……

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